Présentation de la vie et l'oeuvre de Maodo

Hadji Malick SY  PAR Serigne Mbaye

On était au beau milieu du XIXème siècle, les premiers coups de boutoirs des troupes coloniales commençaient à faire chanceler les royaumes de la Sénégambie. Dans toutes les couches de la société, le désarroi et le doute s'emparaient déjà de tous. C'est dans ce contexte de crise que naquit vers 1855 à Gaya, dans le Walo, Seydi Hadji Malick SY, de Thierno Ousmane et de Fawade Wéllé.

Sa lignée paternelle est originaire du Boundou, c'est de là - bas qu'elle essaima vers Souima (dans la commune de Podor actuelle) et le Djoloff. Son père fit une partie de ses études en Mauritanie mais s'arrêta également à Gaya pour étudier un ouvrage auprès d'un érudit du nom de Malick Sow. Il y connut une veuve, Fatimata Wade dite Fawade Wéllé et la prit comme épouse.

Elle se signalait par sa sainteté et sa sollicitude envers les Talibés (élèves des écoles coraniques) de la contrée. Pour eux, elle était une véritable Ndeyi daara (parent d'élève). Thierno Ousmane Sy devait mourir avant la naissance de Malick Sy, durant un séjour au Djoloff. Il put laisser cependant en héritage une bibliothèque et comme testament des instructions concernant l'éducation de l'enfant à naître. Il demanda également que le nom de son marabout à Gaya, Thierno Malick Sow fut donné à l'enfant qui naîtrait s'il était garçon. Sa mère et son oncle Alpha Mayoro Wéllé ne ménagèrent aucun effort pour l'éducation du jeune Malick. El Hadji Malick écrit lui-même dans son ouvrage Ifhâm al munkir al - jâni : « je fus recommandé à ses détenteurs -des sciences islamiques- les plus éminents et les plus compétents par mon oncle maternel... ».

C'est ainsi qu'après avoir appris le coran qu'il mémorisa tôt, il sillonna le pays de long en large, d'Est en Ouest. Une quête obstinée qui dura vingt - cinq longues années lui permit d'asseoir de solides connaissances dans tous les domaines des sciences religieuses et mêmes profanes (mathématiques, astronomies, prosodie et poésie).

Les principaux foyers de la culture islamique d'alors l'accueillirent.

C'est à Gaya qu'il s'initia à la théologie et à l'exégèse puis à Ndombo pour le fiqh. A Bokhol, il commença son droit qu'il alla terminer à Keur Kodé Alassane et à Taiba Sèye. Ainsi se termina le premier cycle de ses études.

C'est alors que l'accueillit Saint - Louis pour l'étude de la littérature et de la grammaire. Ensuite il fit cap sur le Ndiambour, à Ndiabali chez Mor Barama Diakhaté où il étudia le Tome 1 du Khalil et Ibn Ishaq. Puis à Thilla Dramane pour le Tome 2 du Khalil et l' Alfiyya à Ngade Demba.
Keur Kodé Alassane l'accueillit de nouveau pour la Risala, Thilogne ensuite pour l'Ihmirar et enfin la Mauritanie, chez Mouhammed Ali al Yaqubi pour le mysticisme. Il y reçut des capacitations dans ce domaine comme dans celui des sciences exotériques : les hadiths, le tajwid (orthoépie).

La liste de ses ijâza peut être consultée dans l'introduction de son ouvrage ifhâm al munkir al jâni. Elle est simplement impressionnante au point qu'il est permis de dire que la silsila de Maodo est incomparable.

Ses études qui ont duré vingt cinq ans étaient parfois entre coupées de séjours au Walo. S'adonnant en même temps à l'agriculture, les produits de son champ de Ngambou Thillé qui lui permirent de faire le pèlerinage aux lieux Saints de l'Islam. C'est alors qu'il se trouvait à la Mecque que naquit sa fille Fatoumata, de Mame Safi NIANG qu'il avait épousée un an plus tôt. C'était le vendredi 17 Août 1888, jour d'Arafat, El Hadji Malick avait 35 ans.

Après La Mecque, il fit un périple dans d'autres cités du Moyen Orient comme Alexandrie, Jérusalem, Boukhara, Samarkand.
L'occasion lui fut donnée de rencontrer des sommités intellectuelles, et de nouer des relations solides avec celles-ci. Il revint chez lui avec un projet : revivifier la pratique religieuse chez lui.

Ce projet se déclinait en quatre points :
-enseigner et fonder des daara (écoles coranique)
-bâtir des mosquées
-avoir un champ pour travailler la terre et gagner sa vie.
-avoir un lieu où il pourrait réunir les musulmans annuellement.


Convaincu que sa mission ne pouvait plus avoir le Walo comme cadre, il se mit à la recherche d'un endroit plus propice. C'est Ndiarndé qui l'accueillit, le village de Mame Magoumba AMAR, il s'y fixa avec l'insistance de ce dernier.
On était en 1895 et l'Administration coloniale essoufflée par les différentes résistances et soucieuses de pacifier la colonie interdisait la circulation des chefs religieux. Il s'installa donc à Ndiarndé et pendant sept ans anima une sorte de séminaire où il dispensait un enseignement supérieur et d'où sortit un corps d'élite de plus de deux cents hommes de sciences religieuses en trois promotions.

Ils venaient de partout, attirés par la réputation de ce puits de savoir qu'était Seydi El Hadji Malick SY. Ils en repartaient avec une part de la mission : « enseigner, construire des mosquées et gagner sa vie à la sueur de son front ». Ce défilé incessant vers NDiarndé, aux environs de Kelle devint une source d'inquiétudes pour les colons ; Mame Massamba Diéri DIENG son beau père, un notable Saint-louisien qui avait ses entrées chez les colons, fut informé des menaces qui pesaient sur le saint homme.

El Hadji Malick dut quitter NDiarndé en 1902, pour Dakar, il passa par Rufisque mais ne s'y installa pas. Il fit un travail remarquable chez les Lébous dans le sens de l'affermissement de leur foi et de l'équation de leurs pratiques religieuses teintées jusqu'ici de vestiges du paganisme.

Sa principale préoccupation fut l'Islam en général, sa vulgarisation plutôt que la diffusion de la Tijaniya. C'est ainsi que lorsque certains parmi les Lébous voulurent renier la Qadriya pour prendre le Wird Tijani, il refusa, par élégance, de leur accorder l'initiation pour éviter toute animosité ou rivalité inter confrérique, mettant en avant la fraternité religieuse. Il ne dut céder que devant l'insistance des Lébous.
L'accueil enthousiaste qu'il reçut des Lébous permit une diffusion formidable de la Tijaniya dans ce milieu. Il furent nombreux les érudits Lébous qui se formèrent à son école.

C'est ainsi qu'en 1920 sur les trente daaras recensées dans la région du Cap vert, les vingt sept étaient tenues par ses anciens disciples.

Il fonda une Zaouïa à Dakar en 1914.
Désormais sa résolution est prise, il cherche à s'installer dans les villes pour:
D'une part, se rendre visible de l'administration coloniale et se mettre à l'abri de toute calomnie : agir au grand jour pour que ne lui soient pas prêtées des intentions qu'il n'aurait pas, ce qui contrecarrerait sa mission.
D'autre part, conscient que c'est dans les villes que ses concitoyens sont le plus susceptibles de se dépouiller de leur identité du fait de la présence des colons, il entreprit de leur disputer les âmes des citadins.
Ainsi la Tijaniya devint- elle une confrérie essentiellement urbaine.


On était au début du XXème siècle, des traitants Lébous Djibril Guèye et Djibril Top, installés à Tivaouane, l'invitèrent en 1900. Il allait s'y installer lui aussi, à leur demande. Et comme toujours le premier réflexe fut pour lui la construction d'une mosquée, ce fut fait en 1904. C'est deux années plutôt qu'il commença à convier les musulmans à la célébration du Maouloud même s'il est attesté qu'auparavant il l'a toujours célébré avec ses disciples comme El Hadji Rawane NGom. Il semble être le précurseur de la célébration du Maouloud dans notre pays.

Etudiant déjà il était ami des lettres, mais c'est surtout durant la première guerre mondiale, période marquée par beaucoup de restrictions sur les mouvements du fait des menaces de conscription et concomitamment par la diminution de l'afflux d'étudiants qu'il se mit alors à écrire ses ouvrages majeurs sur la charia et la tarîqa : kifâya et ifhâm.

Il entreprit la construction dans cette même période de sa zawiya de Saint-Louis, capitale du Sénégal. Les séances de wazifa à l'aube et au crépuscule commencèrent à déranger l'Administration coloniale qui le convoqua pour des explications. Les colons se rendirent vite compte de qui ils avaient affaire et cherchèrent alors à se le concilier. Il cohabita avec l'Administration coloniale dans le respect mutuel, mais il évita toute compromission et « tout contact dissolvant avec eux », comme l'écrit Cheikh Anta DIOP. Il put faire un travail remarquablement efficace dans les milieux urbains, évitant ainsi aux citadins et aux cadres indigènes comme assimilés de se laisser séduire par la civilisation et la religion apportées par le colon. De même, il réussit à quadriller le pays par des érudits bien formés qui développèrent l'enseignement de la religion musulmane ainsi que les préceptes de la Tijaniya. Il envoya certains de ses cadres hors du pays, notamment au Mali, en Côte d'Ivoire et au Gabon.

Un jour, il fit appeler Serigne Babacar SY de Saint- Louis, El Hadji Mansour SY et Thierno Saidou Nourou TALL, réunit leurs mains dans la sienne et leur demanda de ne plus jamais se quitter. Serigne Babacar écrivit une note à Serigne Hady Touré, précepteur de Abdoul Aziz SY à venir. Le patriarche alité, Abdoul Aziz était chargé de rester pour réciter la sourate « Ya Sîn » au chevet de son père.

Le mardi 12 juin 1922, le pôle parfait, le chantre du prophète, celui que El Hadji Abdoulaye NIASS surnomma Maodo, quitta ce bas monde vers le paradis de son Seigneur.

Un de ses disciples, Thierno Saidou Nourou aurait dit qu'il a vu l'ange de la mort envelopper l'âme de son maître dans une serviette blanche pour l'amener au Paradis. Cet homme qui forma un nombre impressionnant d'érudits et de saints, celui dont D'Estaing a écrit qu'il était le Marabout le plus instruit de la colonie du Sénégal, celui qui hérita de El Hadji Omar le khalifat de la tijanniya avant même de venir au monde, aura vécu selon le modèle prophétique. Une vie faite de modestie et de simplicité, dédaignant la réalisation de prodiges et de miracles. El Hadji Malick n'était pas un thaumaturge mais un gnostique pur qui n'a jamais eu qu'une seule prétention : « être un humble serviteur de la miséricorde », marcher sur les pas du Prophète (P.S.L).

A son décès, de nombreux poèmes furent composés par ses disciples du Sénégal, de Mauritanie et d'ailleurs pour lui rendre hommage. Il continue de tenir d'outre-tombe l'Islam au Sénégal par les mosquées qu'il a construites et les écoles qui ont été fondées par lui ou par ses disciples disséminés aux quatre coins du pays.

C'est un journaliste de l'hebdomadaire « Nouvel Horizon » qui disait dans une émission à la radio 7FM ceci : « Les tijânes sont de grands constructeurs de mosquées, sans doute qu'on peut leur apparenter neuf mosquées sur dix. ». Cela nous le devons au patriarche, Maodo, à ses successeurs et disciples, tous hommes de science et de vertu.

 

On peut citer parmi les écrits de Seydi hadji Malick SY :

1-Hidâya al- wildân fî fann at- tawhid (Théologie)

2-Rayy az- Zamân fî mawlid sayyid banî Adnân (Biographie du prophète plus connue sous le titre de Nûniya)

3-Khilâs ad-dahab fî sîrat khayr al- Arab (Biographie du prophète, plus connue sous le titre de Mimiya)

4-Kifâya ar Râghibîn fî-sh- Sharîa (Droit musulman)

5-Al-kawkab al -Munîr fîl-mîrath (Ouvrage de Droit portant sur l'héritage)

6-Manzûma fî ilm-al arûd wa-l-Qawâfi (Métrique)

7-Ihdâ-l-Husnayayn fî ilmay al-arûd wa-t- Tasawwuf (Métrique et Soufisme)

8-Ifhâm al-Munkir al-Jâni fî-l Haqîqa wa-t-Tarîqa (Soufisme)

9-Fâkiha at -Tullâb fî fiqh at- Tarîqa-at- Tijâniyya (Soufisme)

10-Zajr al-Qulûb fî-l- akhlâq wal- waz wa-l-irshad (Morale)

11-Risâlat-al-Latîf fî-t-tawjîh wa-l-irshâd (Morale)

12- Qantara al -murîd fî-l-ilm wa fadâ'ilihi wa kayfiyati-tahsîlihî (Pédagogie)

 

Daaras et champs de Maodo

Ndombo Alarba
Situé dans le Walo, El Hadj Malick Sy décida de s'y installer de 1883 à 1885, alliant travaux champêtres et intellectuelles. C'est ici qu'il a eu à composer le Taïssir. Le champ fut mis à sa disposition par un nommé Alioun Guèye. Le Tamarinier sous l'ombre duquel il étudiait, non loin du champ s'y trouve encore.
Ngambou Thillé
Village situé à 14 kms de Gaya. Ce champ fut mit à sa disposition par sa mère. Il s'y installe en 1886 avec sa famille et y cultivait du gros mil, du niébé, des patates cucurbitacées.
Ndiarndé
Village se trouvant à 25 kms de Kelle et en plein Cayor. El Hadj MAlick Sy y disposa d'un terrain de quatre km².
C'est ici qu'il va concevoir les bases de sa doctrine religieuse
Keur Bassine
Situé à une dizaine de kms au Nord-est de Coki, El Hadj Malick Sy y installa son cousin Mor
Aminata Sy.
Santhiou Pire
Non loin de Pire, ce champ fut géré par un de ses disciples Birame Awa Ndiaye.
Gossas
Ce champ sera cultivé mais le Maître refusera de s'y rendre pour des raisons d'ordre spirituel.Diamaguene
Il est à 5 kms à l'Est de Tivaouane,
Fass Diacksao
Village créé par Malick Sy à 6 kms Pire.

8 votes. Moyenne 2.75 sur 5.

Commentaires (6)

1. Mamadou ndiaye 11/05/2011

Merci des renseignement mais j'aimerai bien avoir plus de renseignements selon les questions que je veus savoir de l'homme en question et de la tarikha

2. mabouya 02/10/2011

mabouya@hotmail.es

3. mara ndao 01/06/2012

j'adore EL HADJ MALICK SY

4. mara ndao (site web) 01/06/2012

j'adore el hadj malick sy

5. papa lamine diouf 19/06/2012

KEN DOU MAODO

6. PLACESLORDBASSIROU SALL 16/10/2012

SEYDIL HADJI MALICK AMOUL MOROM, MAODO EST LE SAUVEUR DE L'HUMANITE, LA LUMIERE QUI ECLAIRE LE MONDE. DIEUREDIEUFA LE SERVITEUR DU PROPHETE MOUHAMED PSL.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×